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Orgasme mode d'emploi
[20_08_10] Orgasme mode d'emploi
Comment se déclenche-t-il ? Que se passe-t-il alors dans le corps et le cerveau d'une femme ? Extraits du «Secret des femmes»
Le détecteur d'orgasme
Pour ceux qui se demandent comment savoir à coup sûr si la femme a eu un orgasme, Masters et Johnson [chercheurs à l'université de Saint Louis aux Etats-Unis dans les années 1950-1960, NDLR] affirment que la fréquence cardiaque et la tension sont les indicateurs les plus fiables. Il s'agit en fait des mêmes variables que celles mesurées dans le dispositif appelé détecteur de mensonge, mais elles sont beaucoup plus sûrement associées à l'orgasme qu'elles ne le sont au mensonge si bien qu'il faudrait plutôt appeler cet appareil un détecteur d'orgasme. De là à équiper sa partenaire avant les ébats, ce n'est pas gagné, surtout si l'on voulait se renseigner discrètement. Repérer les taux élevés d'ocytocine et de prolactine dans le sang est encore moins à la portée de l'amant lambda. On pourra s'en remettre aux petites lèvres, qui foncent de couleur, si on a le nez et une lampe dessus. Les contractions vaginales sont un assez bon indicateur, sauf qu'il est possible de les produire volontairement avec un peu d'entraînement et beaucoup de mauvaise foi.
Heureusement, une équipe de chercheurs hollandais conduite par Rudie Kortekaas a fait un scoop en 2006 en isolant un marqueur infaillible. Il s'agit de contractions musculaires à haute fréquence (8 à 13 hertz, ou rythme alpha) qui agitent les muscles du pelvis, en plus des traditionnelles contractions d'environ 1 hertz, et qui sont mesurables notamment dans l'anus. Il suffira donc d'enfoncer une sonde dans le fondement de sa dulcinée, et les vibrations alpha de son rectum seront sans malice.
Petite leçon d'anatomie
L'orgasme vaginal est devenu une obsession et une condition de bonheur alors que, dans les faits, il est rare qu'une femme puisse avoir un orgasme par la seule friction due à la pénétration. Toutes les études et enquêtes, des années 1950 jusqu'à aujourd'hui, montrent que seules de 20% à 30% des femmes sont susceptibles de jouir pendant la pénétration, y compris les femmes qui se stimulent le clitoris pendant la pénétration. Le fait que l'immense majorité des femmes se masturbent par stimulation clitoridienne et non vaginale, et que 41% des femmes estiment qu'une pénétration n'est pas nécessaire à un rapport sexuel satisfaisant ne font qu'abonder dans le même sens. ( ... ) Tous [les orgasmes] prennent naissance dans le clitoris, qui est le déclencheur du réflexe nerveux orgasmique, mais chez certaines femmes il est possible de provoquer la stimulation indirecte du clitoris lors de la pénétration soit par une position qui permet la friction du clitoris sur le pubis de l'homme, soit en raison d'une morphologie favorable, c'est-à-dire lorsque le clitoris est très proche de l'entrée du vagin et se trouve entraîné par la traction des lèvres. Il est alors stimulé par le mouvement de va-et-vient du pénis.
De l'usage du point G
Il ne fait plus de doute qu'il est possible de déclencher l'orgasme par une stimulation de la paroi antérieure vaginale, en tout cas chez certaines femmes. Il ne fait plus de doute non plus qu'un certain type de stimulation est plus efficace que les autres. Puisque la surface de la paroi vaginale n'est pas innervée, il faut s'adresser à d'autres capteurs, plus profonds, qui ne réagissent pas au simple glissement mais à la pression et au déplacement. Appuyer tout en frottant vigoureusement sur la paroi vaginale semble le meilleur moyen de déclencher un orgasme, ce qui se fait le mieux avec un doigt ou un instrument courbé, et malheureusement pas avec la gloire des hommes.
A l'écoute des sensations
Beaucoup d'hommes croient faire plaisir à leur partenaire en leur offrant une longue séance de pénétration, c'est-à-dire en entrant dès qu'ils sont prêts pour profiter au maximum de leur érection. Mais en général le corps de la femme n'est pas encore en état d'excitation suffisante, le vagin n'est ni assez lubrifié ni assez sensible, et les perceptions sont très floues, voire désagréables - ils sont en train de faire l'amour à un vagin qui dort.
Pour qu'une pénétration soit ressentie, il faut d'abord ouvrir l'appétit, ce qui demande une préparation pas nécessairement longue mais juste. Chaque femme a ses propres déclencheurs à cet égard, et il est très important de savoir quels gestes précis éveillent le vagin de la partenaire [ ... ].
Lorsque la sensibilité vaginale se développe, deux scénarios peuvent se présenter. D'une part, il y a une possibilité d'accès direct à l'orgasme, sans passer par le clitoris externe. [ ... ] D'autre part, il y a un plaisir particulier qui peut se mettre à « décoller », et qui ondule par vagues au fur et à mesure que le vagin se branche sur la stimulation qui lui convient. Plus facilement atteinte lorsque la femme dirige le mouvement, cette forme de jouissance peut durer beaucoup plus longtemps qu'un orgasme, sans déboucher sur une détente brutale. Il y a des planés, des plafonds, des descentes, des reprises, des sensations d'ivresse et de perte des limites du corps. Une femme qui est à l'écoute de ses sensations, et qui « se sert » du sexe de son partenaire pour les amplifier, peut ainsi s'envoyer longuement en l'air, c'est-à-dire se maintenir dans un état de plaisir intense, sans passer par des contractions spasmodiques ou un pic de plaisir explosif. Nous pensons que cette expérience devrait
être distinguée à la fois de l'orgasme et du « simple » plaisir. La jouissance en question peut mener à l'orgasme rapidement (par exemple lorsque le clitoris est sollicité en plus). Mais elle n'en reste pas moins une expérience vaginale spécifique [ ...]. Elle est mobile, ondulante, planante. [ ... ] Le répertoire des positions et des mouvements ira vers toute combinaison qui permettra un contact particulier entre le pénis ou l'objet pénétrant et cette ou ces zones sensibles. Non seulement des mouvements de piston, mais des mouvements de bascule rythmiques du bassin vers l'avant, soit à chaque mi-course soit dans la position à fond, des mouvements de rotation du bassin, des mouvements lents et réguliers évoquant un massage, ou au contraire de petits à-coups de faible amplitude, des angles d'attaque obliques. [ ... ] Et puis il y a cet autre moment favorable, le moment qui précède l'éjaculation masculine, pendant lequel le pénis se durcit et gonfle encore d'environ 10%, surtout au niveau du gland, ce qui augmente la sensation de pression sur les parois du vagin et peut faire démarrer le « plané » propre à la jouissance vaginale, provoquant un moment magique qui fait parfois tout le charme d'une longue séance de va-et-vient jusque-là peu stimulante.
Quand le cerveau prend son pied
L'information sensorielle arrive par la moelle épinière en provenance des organes génitaux - jusque-là rien que de logique - et est traitée dans le thalamus, qui sert de plateforme de filtrage pour toutes les informations sensorielles. Le signal traverse ensuite la zone centrale du cerveau pour arriver dans sa partie frontale, plus précisément dans le faisceau médian du télencéphale, un carrefour nerveux qui relaie l'information dans plusieurs directions, mais de façon très importante vers les centres du plaisir, aussi appelés zone septale. Cette zone est le foyer de la sensation subjective appelée orgasme. Mais l'influx électrique ne s'arrête pas là. Il poursuit son chemin jusqu'au cortex préfrontal, la zone considérée comme le siège des émotions. L'orgasme en cours prend alors un sens ou une coloration en fonction de la vie émotionnelle et du contexte psychologique.
La chose amusante avec les électrodes, c'est qu'elles peuvent capter les courants électriques tout comme elles peuvent en envoyer. Robert Heath [médecin dans les années 1970, NDLR], dont la curiosité était sans doute aussi grande que le désir de soigner, a voulu voir ce qui se passait si l'on permettait aux patients de stimuler eux-mêmes certaines régions de leur cerveau. Ils n'avaient qu'à pousser sur un bouton pour s'envoyer un petit courant électrique ici ou là. Et c'est alors que tout devint clair. Le cerveau n'a pas besoin des organes génitaux pour déclencher un orgasme. Il peut en produire tout seul comme un grand. Il suffit pour cela que la zone septale s'agite brutalement - ce qui est tout à fait possible en la chatouillant directement par un courant électrique. [ ... ] L'autostimulation septale engendrait [alors] des orgasmes et une compulsion irrépressible à la masturbation. Des considérations éthiques ont mis fin à ce genre d'expériences qui menaçaient par trop la morale et le marché - qui regarderait encore la télé si on pouvait se faire implanter l'orgasme à volonté, et sans les lenteurs de la machinerie génitale ?
Si l'orgasme peut être induit directement dans le cerveau par un courant électrique [ ... ], on comprend mieux qu'il puisse l'être occasionnellement de façon spontanée (pendant le sommeil, sous hypnose), ou par un exploit de la volonté (fantasme, autosuggestion, méditation...). Le déclenchement spontané pendant le sommeil est d'autant plus fréquent que l'activité sexuelle est rare par ailleurs, comme si l'aire septale était de plus en plus susceptible de se satisfaire toute seule en cas de disette.
© Odile Jacob, 2010
[In "Le Nouvel Observateur", semaine du 19/08/10] |
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